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Association Amitié Franco-Slovaque Noailles
SPOLOK FRANCÚZSKO-SLOVENSKÉHO PRIATEĽSTVA

Ľudovít Štúr et la langue slovaque (Fr)

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Nous parlerons ici de la « Hongrie historique » : cette précision est indispensable puisque  le nom de ce grand pays disparu en 1918, « HUNGARIA » en latin ou « Hongrie » en français, a été attribué en 1920 par le « Traité de Trianon » à un des nouveaux petits pays-successeurs, appelé « Magyarorszag » situé en Basse-Hongrie.

Dans la Hongrie historique, donc, le latin maintint sa position dominante  dans l’administration et dans la culture. L’impératrice Marie-Thérèse et surtout son fils, Joseph II, s’efforcèrent de cimenter la monarchie de Habsbourg (l’empire auquel appartenait le royaume de Hongrie depuis sa défaite militaire en 1526 par les Turcs) en y imposant la langue allemande, tandis que l’aristocratie magyare de Hongrie  opposait sa langue magyare (turcophone, unique et isolée en Europe centrale !!) à l’allemand (indo-européen, comme 5 des 6 langues hongroises).

Remarquons que le royaume de Hongrie était pluriethnique sans qu’aucune de ses six ethnies (Slovaques, Magyars, Allemands, Roumains, Croates et Ruthènes) ne soit majoritaire. Parmi les six langues hongroises, aucune n’avait à être élevée au titre de « la langue hongroise » !!! Cette expression, utilisée en France même par les gens instruits pour désigner le magyar turcophone, est aberrante et blessante pour les Hongrois indo-européens majoritaires !!! Le rêve persistant grand-magyar depuis le 19°siècle est d’établir l’équation Hungaria = Magyarorszag, condamnée par les Slovaques, autochtones de la Haute-Hongrie, comme une inéquation et une confusion prétentieuse !

En 1787 Anton Bernolák, prêtre catholique et philologue à Trnava, ville universitaire située en Haute-Hongrie (la Slovaquie d’aujourd’hui), codifie la première forme littéraire de la langue slovaque en prenant pour base le dialecte de la Slovaquie occidentale où il naquit. La langue élaborée par Anton Bernolák est alors acceptée par les Slovaques catholiques tandis les Slovaques protestants s’en tiennent au Tchèque biblique (dit « de Kralice »), archaïque, utilisé alors exclusivement comme langue liturgique.

C’est à Trnava (« la Rome slovaque ») que le mouvement culturel et national slovaque, qui commençait à émerger, prit une dimension particulière. C’est dans cette ville historique, ecclésiastique et universitaire, où il fit ses études supérieures, qu’Anton Bernolák fut le premier à codifier la langue slovaque. En 1792 il fonda la « Fraternité Instruite Slovaque » (« Slovenské Učené Tovarišstvo »), organisation culturelle qui joua un rôle capital dans la prise de conscience de l’identité nationale slovaque. Les militants étaient alors au nombre de cinq cents environ, parmi lesquels la plupart des prêtres catholiques. La « Fraternité » d’Anton Bernolák cessa d’exister au début du 19° siècle et fut remplacée en 1863 par l‘importante organisation « Matica Slovenska ».

En 1843 Ľudovit Štúr, une personnalité marquante du patriotisme slovaque érudit, décida de moderniser la langue codifiée par Anton Bernolák. Il s’inspira à cet effet du dialecte parlé dans la Slovaquie centrale, le plus répandu à l’époque, et c’est ainsi qu’est née la langue slovaque littéraire écrite et parlée de nos jours dans toute la Slovaquie par 5,5 millions d‘habitants.

Ľudovit Štúr est né le 28 octobre 1815 à Uhrovec, un village situé entre Trenčin et Prievidza, dans l’ouest du pays, dans la maison où, coïncidence curieuse, naquit plus tard Alexander Dubček, l‘inventeur (en 1968, lors du « Printemps de Prague ») du « socialisme à visage humain » Štúr fut la figure la plus importante du mouvement national slovaque. Fils d’un instituteur et pasteur protestant, il grandit dans un milieu de grande rigueur morale. Il quitta son village natal à 13 ans pour étudier au lycée magyar de Györ en Basse-Hongrie. Après des études de philosophie, de philologie et d’histoire de 1832 à 1841, à l’Université allemande de Halle a/d Saale il est nommé professeur au célèbre « Lycée protestant » de Bratislava. Ouvert aux idées libérales, il s’opposa courageusement à l’étatisme grand-magyar dans la Hongrie.

suite SPRAVODAJ N°54

Par Iréne et Henri BOQUET, membres de l’Association Amitié Franco-Slovaque, compléte par Vladimir Tabačik

 

Posledná úprava Utorok, 05 Január 2010 23:22